CPHA Canvax
CPHA Canvax

Les réactions au stress de la vaccination : un type de manifestation postvaccinale indésirable qu’il faudrait mieux comprendre

C. Meghan McMurtry - PhD, C.Psych, Associate Professor of Psychology, University of Guelph.


G., une fille de 15 ans, attend en file son tour de se faire vacciner à l’école. Elle commence à se sentir un peu étourdie, et son cœur bat plus fort. G. s’inquiète de la piqûre qui s’en vient. Quand son tour arrive, tout ce qu’elle veut, c’est fuir. Dès que l’aiguille est sortie de sa peau, elle tombe dans les pommes.

Le problème : Les aiguilles sont stressantes pour certaines personnes, et il ne sert à rien de l’ignorer.

Les vaccins protègent la population contre de nombreuses maladies et constituent une réussite claire de la santé publique. Ils sont généralement administrés par injection, une intervention dont certaines caractéristiques peuvent causer de la détresse : la douleur de l’injection, la peur, la vue d’une aiguille, la vue du sang, l’attente prolongée en position debout et les réactions des autres dans l’environnement (1). Les jeunes sont particulièrement sujets à cette détresse, car les vaccins sont courants durant l’enfance. La douleur et la peur vont parfois de pair : plus une personne a peur des aiguilles, plus vive est la douleur qu’elle dit ressentir (1). La plupart des gens qui ont très peur des aiguilles disent avoir vécu une expérience négative par le passé (1). Si nous ne comprenons pas et ne gérons pas les expériences négatives associées à la vaccination, la confiance du public envers les vaccins risque d’en faire les frais.

Conséquences d'une forte peur des aiguilles

Surveillance de l’innocuité et « anxiété » : Il nous faut un meilleur moyen de comprendre ce qui se passe.

L’innocuité des vaccins est surveillée mondialement. Les manifestations postvaccinales indésirables (MAPI) sont classées en 5 catégories, dont celle des manifestations découlant de l’ « anxiété » face à la vaccination (2). Plus récemment, il a été reconnu que de qualifier ces réactions d’ « anxiété » posait un problème :

Les réactions d' « anxiété »

Comment se manifestent les réactions au stress de la vaccination?

D’autres MAPI peuvent se produire seulement après la vaccination ‒ mais les RSV se produisent immédiatement avant, pendant ou après.

 

Avant, pendant ou immédiatement après la vaccination (< 5 minutes)

Réaction aiguë au stress : réaction de combat, de fuite ou d’immobilisation. Les manifestations varient selon la gravité; elles peuvent aller des « nœuds dans l’estomac » et de l’inquiétude moyenne à élevée à la respiration difficile ou rapide (hyperventilation) et à la fréquence cardiaque accrue.

Réaction vasovagale : réaction de syncope qui peut aller d’un léger étourdissement à la perte de conscience due à l’apport insuffisant de sang au cerveau.

Une réaction aiguë au stress peut être suivie d’une réaction vasovagale après une baisse soudaine de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle.

 

Après la vaccination

Réaction de symptômes neurologiques dissociatifs : symptômes neurologiques sans résultat physique établi. Ces symptômes peuvent comprendre la difficulté à marcher ou à bouger un bras ou une jambe, la faiblesse, les picotements et les crises non épileptiques. Ces symptômes ne sont pas bien documentés ni déclarés chez les individus après la vaccination, mais on rapporte des réactions « de masse » ou « de grappe » chez plusieurs personnes à proximité immédiate les unes des autres.

Image - Pencil

La réaction aiguë au stress, la réaction vasovagale et la réaction de symptômes neurologiques dissociatifs chez des individus ou dans des groupes (appelés « grappes ») peuvent se produire et se sont produites sans aucun lien avec la vaccination. Autrement dit, ces réactions peuvent se manifester chez des individus ou dans des grappes et n’avoir rien à voir avec la vaccination; dans d’autres cas, elles peuvent être rapportées après la vaccination.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) emploie un processus de causalité détaillé pour déterminer l’existence d’un lien entre les symptômes et la vaccination; le manuel des RSV donne d’autres renseignements à ce sujet (3). Les RSV ne sont causées ni par les produits vaccinaux, ni par des problèmes de qualité des vaccins, ni par des erreurs dans les programmes de vaccination.

 

Comment faire pour comprendre les réactions au stress de la vaccination?

Chaque personne à vacciner se présente avec ses antécédents, ses forces et ses vulnérabilités psychologiques et ses perceptions de l’intervention et du contexte social. Le fait d’éprouver une RSV n’est pas de sa faute. Le diagramme ci-après illustre les RSV dans des contextes individuels et de groupe (3). Quelques notes pour comprendre ce diagramme :

  • Trois points dans le temps : avant la vaccination (facteurs historiques prédisposants), dans le contexte de la vaccination (facteurs déclenchants, réaction initiale) et après la vaccination (réaction tardive influencée par les facteurs perpétuants).
  • Facteurs de risque : les formes remplies d’un pointillé donnent des exemples de facteurs de risque potentiels de RSV; les roues dentées montrent les interactions dynamiques entre ces facteurs de risque.
  • Évolution : la personne à vacciner est présentée à différents moments, avec des exemples de facteurs de risque menant à une cascade de symptômes (réaction initiale, réaction continue) conformes aux RSV; cependant, tout le monde ne passe pas systématiquement d’un stade à l’autre. Par exemple, rien n’indique qu’une réaction de symptôme neurologique dissociatif suit obligatoirement une réaction aiguë au stress.
  • Le potentiel des médias sociaux de répandre des informations négatives est souligné.

Les réactions au stress de la vaccination

Pourquoi nous en préoccuper? Comprendre les réactions au stress de la vaccination peut faciliter la prévention et une intervention précoce appropriée.

Les RSV et autres MAPI nécessitent des démarches de prévention et des traitements différents. Il importe par exemple de distinguer les RSV de l’anaphylaxie, qui est potentiellement mortelle et exige une reconnaissance immédiate, une intervention pharmacologique particulière (épinéphrine par voie IM) et une prise en charge spécialisée. Les RSV ne sont pas potentiellement mortelles, ne sont pas aidées par l’épinéphrine et nécessitent une prise en charge différente.

Comment puis-je aider? Qu’est-ce que je peux faire d’autre? Où trouver ces informations?

Un examen approfondi de la prévention, de la prise en charge et de la déclaration des RSV dépasse le cadre de ce CANVax en Bref. Un manuel détaillé à l’intention des professionnels des soins de santé en est aux derniers stades de préparation à l’OMS (3). Il contient des directives claires et détaillées sur les éléments suivants :

  • Dépistage et prévention : L’équipe de soins de santé est calme, pleine d’assurance, chaleureuse, et communique bien avec la personne à vacciner et ses proches aidants pour établir un lien de confiance. Les personnes à risque élevé de RSV ont été identifiées par leur forte peur des aiguilles et leurs expériences négatives antérieures avec des aiguilles, dont les syncopes. Des mesures supplémentaires sont appliquées pour ces personnes (p. ex. elles sont vaccinées en privé, en position allongée, en employant une technique de tension musculaire pour prévenir les syncopes). Des stratégies de prise en charge de la douleur sont utilisées (4). La planification est particulièrement importante dans un contexte de vaccination de masse.
  • Différentiation entre l’anaphylaxie ou les crises épileptiques et les RSV.
  • Intervention :
    • RSV dans le contexte d’une vaccination : rester calme. Écarter la possibilité d’une autre réaction potentielle (p. ex. l’anaphylaxie). La RSV peut se résorber spontanément. Éviter que la personne se blesse. Éviter la médication et l’hospitalisation.
    • RSV survenant après le contexte d’une vaccination : le traitement dépend des symptômes, mais inclura probablement une démarche multidisciplinaire avec des cliniciens spécialisés. Le but est d’améliorer le fonctionnement.
  • Déclaration de la RSV dans le cadre de la surveillance des MAPI.
  • Considérations particulières pour les RSV de masse ou de grappe (p. ex. programme de vaccination à l’école). Il est indispensable de comprendre les facteurs sociaux dans un tel cas.

Une synthèse du manuel détaillé et un manuscrit dans une revue à comité de lecture sont aussi attendus.


Bibliographie

1. McMurtry, C.M., R. Pillai Riddell, A. Taddio, N. Racine, G.J.G. Asmundson, M. Noel, C.T. Chambers, V. Shah, équipe HELPinKids&Adults. « Far from “just a poke”: common painful needle procedures and the development of needle fear », Clinical Journal of Pain (2015).

2. Council for International Organizations of Medical Sciences = Conseil des organisations internationales des sciences médicales. Definition and Application of Terms for Vaccine Pharmacovigilance: Report of CIOMS/WHO Working Group on Vaccine Pharmacovigilance, 2012. https://www.who.int/vaccine_safety/initiative/tools/CIOMS_report_WG_vaccine.pdf

3. Immunization Stress-Related Response: A Manual for Program Managers and Health Professionals to Prevent, Identify and Respond to Stress-Related Responses Following Immunization. Contenu élaboré par : M. Gold, N. McDonald, C.M. McMurtry, R. Pless et U. Heininger. Réalisé sous la coordination et la supervision de M.R. Balakrishnan et P. Zuber avec l’appui de L. Menning et O. Benes de l’OMS.

4. Taddio, A., C.M. McMurtry, V. Shah, et al. « Reducing pain during vaccine injections: clinical practice guideline », CMAJ = JAMC (2015). DOI : 10.1503 /cmaj.150391 http://www.cmaj.ca/content/187/13/975