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Réponses aux questions des professionnels de santé sur l’innocuité des vaccins contre la COVID-19

Sonali Kochhar, M.D.1,  Ève Dubé, Ph.D.2, Janice Graham, Ph.D.3, Youngmee Jee M.D., Ph.D.4, Ziad A. Memish, M.D.5, Lisa Menning6, Hanna Nohynek, M.D., Ph.D.7,  Daniel Salmon, Ph.D.8; Karina Top, M.D., M.S.9, Noni E MacDonald, M.D.10

Affiliations et conflit d'intérêts (CI)

  1. Professeure agrégée de clinique, Département de santé mondiale, Université de Washington, Seattle; directrice médicale, Global Healthcare Consulting
    CI - Rien à déclarer

  2. Recherchiste en chef à l’Institut national de la santé publique du Québec; professeure invitée d’anthropologie, Université Laval, Canada
    CI – Rien à déclarer

  3. Professeure-chercheuse universitaire et professeure de pédiatrie (maladies infectieuses) et d’anthropologie, Université Dalhousie, Canada
    CI – Rien à déclarer

  4. Professeure visiteuse, ESP, Université nationale de Séoul; représentante spéciale pour la diplomatie sanitaire, Korea Foundation
    CI – Rien à déclarer

  5. Conseiller principal en maladies infectieuses, directeur du Centre de recherche et d’innovation, King Saud Medical City, ministère de la Santé, Riyad, Arabie saoudite
    CI – Rien à déclarer

  6. Agente technique, OMS QG Département de vaccination, vaccins et produits biologiques, Genève
    CI – Rien à déclarer

  7. Médecin-chef, chef d’unité adjointe, Institut national pour la santé et le bien-être THL, Finlande
    CI – L’Institut THL a une stratégie de partenariat public-privé : ni moi, ni mon unité recevons ces subventions privées

  8. Directeur et professeur, Institute of Vaccine Safety, Université Johns Hopkins École de santé publique, États-Unis
    CI - Consultation et/ou subventions de Merck, Jenssen et Walgreens

  9. Professeure agrégée de pédiatrie et de santé communautaire & épidémiologie, Université Dlahousie, Canada
    CI – Depuis les 3 dernières années, je reçois des honoraires de conseil de Pfizer et des subventions de GSK pour mon institution afin de réaliser des projets sans liens avec ce travail

  10. Professeure de pédiatrie, Université Dalhousie, IWK Health Centre, Canada
    CI – Rien à déclarer

Le groupe de travail (GT) INNOVAC

Étant donné l’importance critique des vaccins contre la COVID-19 et la nécessité de connaître leur innocuité, le groupe de travail (GT) INNOVAC (INNOcuité des VAccins contre la COVID-19) a été créé en septembre 2020.

Le GT INNOVAC vise à fournir des réponses claires et complètes aux questions sur l’innocuité des vaccins contre la COVID-19 avant et pendant leur déploiement pour : 1) faciliter les discussions scientifiques entre les acteurs, notamment les agents de santé de première ligne, et les personnes à vacciner; et 2) améliorer la clarté et la transparence des informations afin de favoriser l’acceptation et l’adoption des vaccins.

Les vaccins contre la COVID-19 susciteront probablement des réserves, vu leur mise au point accélérée, la méfiance devant la riposte des gouvernements à la pandémie et la suspicion croissante à l’égard des vaccins dans certaines populations1-4. Comme pour tout autre nouveau vaccin, il est possible que des réactions indésirables rares ne soient pas détectées lors des essais cliniques et qu’elles ne se manifestent qu’après la vaccination d’un grand nombre de personnes. De plus, quand de très nombreuses personnes sont vaccinées, certaines éprouvent des résultats sanitaires indésirables peu après la vaccination par le seul fait du hasard. Les réserves quant à l’innocuité des vaccins contre la COVID-19 doivent donc être abordées d’urgence. Le groupe INNOVAC a été créé pour fournir aux acteurs privilégiés des réponses claires et accessibles aux questions courantes sur l’innocuité des vaccins contre la COVID-19.

Chaque réponse est rédigée par un membre expert du GT et examinée par deux autres membres ou plus.

La science évolue rapidement. Quand d’autres questions seront portées à l’attention du groupe et que d’autres informations deviendront disponibles (après les essais cliniques des vaccins contre la COVID-19 et les premières expériences d’introduction des vaccins dans certains pays), les réponses seront actualisées, et de nouvelles réponses seront publiées. Les questions et leurs réponses sont hébergées sur la présente page et comportent des renvois vers d’autres sites.

Les informations sur cette page sont rédigées par un groupe international d’experts en immunisation et sont valables à l’échelle mondiale, notamment dans le contexte canadien.

Vous trouverez ci-dessous la dernière version des réponses fournies. Cette page Web sera actualisée quand de nouvelles réponses s’ajouteront.

Références

  1. Schaffer DeRoo S, Pudalov NJ, Fu LY. Planning for a COVID-19 Vaccination Program. JAMA 2020; 323(24):2458-2459. doi:10.1001/jama.2020.8711
  2. Lancet COVID-19 Commissioners, Task Force Chairs, and Commission Secretariat. Lancet COVID-19 Commission Statement on the occasion of the 75th session of the UN General Assembly. Lancet 2020; S0140-6736(20):31927-9. doi: 10.1016/S0140-6736(20)31927-9
  3. Kochhar S, Salmon DA. Planning for COVID-19 vaccines safety surveillance. Vaccine 2020 Sep 11;38(40):6194-6198. doi: 10.1016/j.vaccine.2020.07.013
  4. MacDonald NE, Dubé È. Vaccine safety concerns: Should we be changing the way we support immunization? EClinicalMedicine 2020 Jun; 23:100402. doi: 10.1016/j.eclinm.2020.100402
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Réponses aux questions sur l’innocuité du vaccin contre la COVID-19

Liées aux essais cliniques

Est-ce que les vaccins à ARNm peuvent « génétiquement modifier les humains »? Est-ce qu’il existe d'autres préoccupations au sujet de la sécurité de ces vaccins?

Sonali Kochhar et l’équipe responsable des questions-réponses concernant le vaccin contre la COVID-19

Un vaccin à ARN messager (ARNm) contient des segments synthétiques d’ARN messager encapsulés par une nanoparticule lipidique (NPL) afin d’être transportés jusqu’à la cellule hôte. Les vaccins à ARNm ne contiennent pas d’agent infectieux. La nanoparticule lipidique possède un effet de stabilisation ou un effet adjuvant, donc l’usage d’un adjuvant supplémentaire n’est pas nécessaire pour améliorer l’efficacité du vaccin.1 Les vaccins ne s’insèrent pas dans le noyau de la cellule et ne peuvent pas s’intégrer à l’ADN, ni modifier l’ADN de l’humain récipiendaire du vaccin.1,2.3,4

Une fois injectés dans le muscle du haut du bras, les vaccins à ARNm contre la COVID-19 fourniront les instructions nécessaires aux cellules pour qu’elles fabriquent le segment d’une protéine inoffensive appelée « protéine spiculaire ». On retrouve cette dernière sur la surface du virus responsable de la COVID-19. Lorsque les segments de la protéine sont produits, les cellules décomposent l’ARN messager (les instructions permettant de fabriquer la protéine), et le vaccin se dégrade naturellement au bout de quelques jours.1,2.3

Les segments de la protéine sont répartis sur la surface de la cellule. Le système immunitaire reconnaît que la protéine est une composante étrangère de la cellule, puis déclenche la production d’anticorps et provoque une réaction immunitaire (soit l’induction de la réaction des cellules B et T). Le processus est identique à celui qui se produit à la suite d’une infection naturelle de la COVID-19. Le corps apprend à se protéger soi-même contre une future infection de la COVID-19 et élimine le risque de conséquences importantes générées par le virus.
 
L’ARN messager constitue un vecteur intrinsèquement sécuritaire pour un vaccin : transitoire et simple porteur d’informations qui n’interagit pas avec l’ADN du récipiendaire du vaccin. L’intégration à la génomique et la réplication de l’ARNm sont impossibles, de sorte que l’ARNm, qui se décomposent naturellement au bout de quelques jours, agit à titre de porteur d’informations sécuritaire et transitoire.2,3

Les vaccins à ARNm ont été étudiés auparavant pour les vaccins contre le virus Zika, la rage, l’influenza et le cytomégalovirus (CMV).1,4 L’ARNm a aussi été utilisé en recherche contre le cancer pour tenter de provoquer une réaction ciblée du système immunitaire envers certaines cellules cancéreuses.1,4 Dans le futur, la technologie ARNm permettrait la fabrication d’un seul vaccin pour s’immuniser contre plusieurs maladies, réduisant ainsi le nombre d’injections nécessaires pour se protéger de chacune d’elles.1 La fabrication de ARNm et les processus de formulation de NPL efficaces et hautement évolutifs permettent la production rapide de plusieurs doses de vaccin.2,3  Cela permet aux vaccins à ARNm de s’adapter au développement rapide de vaccins en temps de pandémie.5 Les vaccins à ARNm offrent un maximum de souplesse durant le processus de développement, puisque n’importe quelle protéine d’un ARNm peut être exprimée par le corps humain sans qu’il soit nécessaire d’altérer le processus de production.3

Considérant leurs composantes, les vaccins à ARNm nécessitent un entreposage et une manipulation très ordonnée pour assurer le maintien de la stabilité de l’ARNm. Par exemple, le vaccin à ARNm contre la COVID-19 de Pfizer (BNT16b2) doit être conservé à une température de -80°C à -60°C (-112°F à -76°F). Une fois décongelé, le vaccin se conserve à une température de 2°C à 25°C (35°F à 77°F) jusqu’à 6 heures à partir du moment où il a été dilué. Le vaccin à ARNm contre la COVID-19 de Moderna (mRNA-1273) peut se conserver à une température de -20°C (-4°F), équivalente à celle que peut atteindre la majorité des congélateurs médicaux, jusqu’à 6 mois. Après sa décongélation, le vaccin doit se conserver à une température de 2° à 8°C (36° à 46°F) jusqu’à 30 jours, en respectant sa durée de conservation initiale de 6 mois. Dans le futur, la technologie permettra potentiellement de surmonter cet enjeu qui limite actuellement l’usage dans plusieurs contextes où l’accès aux congélateurs ultra-froid ou à une température de -20°C est problématique. Les vaccins à ARNm représentent une contribution importante en vaccinologie qui parviendra à changer le domaine.

Références

  1. Understanding mRNA COVID-19 Vaccines. Centres for Disease Control and prevention. 23 novembre 2020. Consulté le 14 décembre 2020 sur https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/vaccines/different-vaccines/mrna.html
  2. Advances in mRNA Vaccines for Infectious Diseases. Zhang C, Maruggi G, Shan H, Li J. Front Immunol. 2019;10:594. doi: 10.3389/fimmu.2019.00594.
  3. Developing mRNA-vaccine technologies. Schlake T, Thess A, Fotin-Mleczek M, Kallen KJ. RNA Biol. 2012; 9(11):1319-1330. doi:10.4161/rna.22269
  4. mRNA vaccines - a new era in vaccinology.  Pardi N, Hogan MJ, Porter FW, Weissman D. Nat Rev Drug Discov. 2018;17(4):261-279. doi:10.1038/nrd.2017.243

Comment l’innocuité vaccinale est-elle déterminée avant la vaccination? 

Ève Dubé et l’équipe responsable de questions-réponses

Contrairement aux médicaments administrés comme remède aux personnes atteintes de maladies, les vaccins sont administrés aux personnes en santé pour prévenir la maladie. Ainsi, les vaccins nécessitent habituellement une preuve d’innocuité plus importante que les médicaments thérapeutiques avant d’être distribués. Le processus de développement d’un vaccin est sujet à une série rigoureuse de procédures scientifiques et éthiques soigneusement mises en œuvre afin d’assurer l’innocuité et l’efficacité des vaccins avant qu’ils soient administrés à un grand nombre de personnes (voir MacDonald et Law1 dans le système d’innocuité vaccinale canadien, des approches très semblables sont utilisées dans plusieurs autres pays).

D’abord, l’innocuité vaccinale et l’immunogénicité (soit la capacité du vaccin à produire une réponse immunitaire) sont évaluées lors d’études précliniques à l’aide de culture de tissus, de cellules ou de modèles animaux (par ex. tests sur les souris, les furets ou les singes).  Si les études précliniques sont fructueuses, des études cliniques sont réalisées avec des humains. Au courant de chaque étape, les données des études et des essais sont analysées par un organisme gouvernemental de réglementation qui accorde la permission de passer à l’étape suivante.

Les essais de phase I sont réalisés auprès d’un petit groupe d’adultes (généralement entre 20 et 100 bénévoles en santé) et servent à évaluer l’innocuité vaccinale, puis le type et l’étendue de la réponse immunitaire. Si aucune complication n’est identifiée en phase I, le vaccin expérimental passe aux essais de phase II qui comptent plusieurs centaines de personnes. L’objectif de la phase II est de déterminer l’innocuité du vaccin, son immunogénicité, le dosage et de développer son calendrier. Si les résultats sont favorables, de plus grands essais de phase III sont réalisés auprès de mille ou de dizaines de milles personnes afin de déterminer l’efficacité et pour compléter une étude plus approfondie de la sécurité.  Ces essais sont randomisés en double aveugle et le vaccin expérimental est comparé à un placebo (habituellement une substance inerte comme une solution saline). Les essais de phase III permettent aussi de repérer les effets secondaires qui sont trop rares pour être identifiés lors des essais de phase I ou II (par ex. apparaissent chez moins 1 à 10/10 000).2

L’information sur l’innocuité vaccinale et sur l’efficacité provenant de ces essais est ensuite analysée par des organismes gouvernementaux de réglementation qui sont indépendants des chercheurs qui ont mené les essais, ou des fabricants du vaccin. Des experts non gouvernementaux vérifient habituellement les données aussi. À la suite d’une révision minutieuse des données et de l’homologation par les organismes, le vaccin peut être administré dans ce pays.  Une fois que le vaccin a été homologué, sa sécurité continue d’être suivie par l’intermédiaire d’une surveillance active et passive pour que de possibles effets secondaires très rares associés au vaccin soient identifiés (vous référer à la dernière question dans la section sur les effets à long terme).

Le développement d’un vaccin contre la COVID-19 respecte ces normes, même si les vaccins sont développés rapidement (vous référer à la question 4).3 Plusieurs vaccins contre la COVID-19 sont développés grâce à des approches et à des technologies qui ont été prouvées efficaces par le passé avec d’autres vaccins ou médicaments. D’autres se servent de nouvelles technologies. Comme pour tous les nouveaux vaccins, beaucoup d’attention sera portée sur l’innocuité vaccinale.

Références

  1. MacDonald NE, Law BJ. « Canada’s eight-component vaccine safety system: A primer for health care workers ». Paediatrics & Child Health, 2017, e13-16 En ligne : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5825834/pdf/pxx073.pdf [consulté le 28 septembre 2020]

  2. « Vaccine Testing and Approval Process ». Centers for Disease Control and Prevention. En ligne : https://www.cdc.gov/vaccines/basics/test-approve.html [consulté le 25 septembre 2020]

  3. « Accelerating a safe and effective COVID-19 vaccine ». World Health Organization. En ligne : https://www.who.int/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/global-research-on-novel-coronavirus-2019-ncov/accelerating-a-safe-and-effective-covid-19-vaccine [consulté le 25 septembre 2020]

Quelles mesures assurent l’innocuité des vaccins?

Janice  Graham et l’équipe responsable de questions-réponses

Plusieurs contrôles (lois, réglementations et directives) permettent d’assurer que les vaccins approuvés par les autorités réglementaires nationales (ARNs), dont le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques, Santé Canada et l’Agence européenne des médicaments (EMA), sont sécuritaires et efficaces. Les ARNs encadrent le processus d’homologation d’essais cliniques et analysent minutieusement les données avant d’approuver un vaccin, un médicament ou un appareil thérapeutique dans leur pays.  Les comités d’éthique en recherche (CERs) déterminent si les protocoles d’essais cliniques répondent aux critères éthiques de consentement éclairé, de capacité de prise de décision, de déroulement d’essais, de justice et d’équité dans la participation à la recherche, de discrétion et de confidentialité, de conflits d’intérêts, de contrôle et de communication de la sécurité et d’inscription (par ex. le Groupe des trois conseils en éthique de la recherche du Canada). Des organisations internationales, par ex. la Conférence internationale sur l’harmonisation (CIH) de bonnes pratiques cliniques : directives consolidées, supervisent la recherche sur les humains et les obligations réglementaires pour des raisons de sécurité, d’efficacité et de qualité.1

Chaque essai clinique a un comité de surveillance des données et de la sécurité qui évalue les données provisoires à des intervalles prédéterminés durant l’essai. Les essais sont suspendus advenant un évènement indésirable et peuvent être complètement interrompus si la continuation est jugée non méritée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne des groupes d’experts-conseils pour examiner les questions de santé mondiale, fournit des conseils d’ordre éthique et travaille avec les ARNs afin d’homologuer des vaccins sécuritaires dans les pays à faibles revenus. L’OMS encourage les pays à mettre en place un comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) indépendant pour réviser les données du vaccin approuvé afférentes à l’épidémiologie locale pour déterminer qui, le cas échéant, devrait recevoir le vaccin. Les CCNIs renforcent la qualité pour des normes mondiales d’innocuité vaccinale.2,3

La transparence durant les étapes pré-homologation du vaccin, dont la révision de tous les protocoles d’essais, de toutes les données et des documents techniques, des rapports d’études cliniques, des règles d’arrêt et des procédures de prise de décision, est critique à la sécurité et à la confiance du public.4,5 Les besoins exceptionnels de recherche immédiate lors d’urgences de santé publique peuvent guider l’examen déontologique et créer des mandats pour que les ARNs exécutent rapidement les processus réglementaires des essais cliniques, envisagent l’homologation conditionnelle ou émettent une autorisation d’utilisation d’urgence. Malgré les pressions politiques, les ARNs au Canada, aux États-Unis et en Europe ont évité d’emprunter des raccourcis.  L’homologation rapide nécessite la vigilance pour éviter que la sécurité soit compromise.6,7,8 

Les normes légales et réglementaires servant à limiter les conflits d’intérêts, à favoriser la qualité de fabrication et à signaler les ARNs importants assurent la sécurité. Pour inspirer confiance en la sécurité de l’homologation rapide des vaccins contre la COVID-19, le public doit être rassuré de :

  1. Les règlements de divulgation précis servent à exclure les personnes ayant des conflits d’intérêts (personnels et professionnels) de la prise de décision;
  2. La transparence et du libre accès aux protocoles d’essais, aux donnés (dont les composantes du vaccin, tels les adjuvants), aux modifications et adaptations et aux motifs et procédés de la prise de décision;
  3. L’absence de risque élevé aux participants en raison de modifications apportées aux essais adaptatifs, qui réduisent les phases d’essais ou leur ajoutent de nouvelles étapes, à la suite d’une découverte. Si, comme l’énonce GAVI : ces modifications ne proviennent pas de conjectures, qu’elles sont fondées sur des règlements précis établis par des scientifiques qui sont experts dans l’évaluation des incertitudes, elles devraient immédiatement être portées à l’attention (transparence) du public avec des justifications et des données/preuves à l’appui de ces décisions;
  4. L’évaluation indépendante de toutes les preuves d’essais cliniques et des justifications à l’appui de la prise de décision, les recommandations de comité consultatif et la promotion de la vaccination pour adresser la perception de conflit d’intérêts;
  5. La réalisation d’essais suffisamment bien conçus pour assurer la sécurité et l’efficacité. Lors d’essais de phase III, de rares évènements indésirables graves peuvent passer inaperçus (taux d’occurrence ≥ 0.01% et < 0.1%) s’il y a peu de participants. Un grand nombre de participants aux essais est crucial afin d’identifier les évènements indésirables rares, mais très graves qui peuvent provoquer une morbidité (par ex. intussusception avec Rotashield);
  6. La mise en place de suivi post-homologation et la surveillance active pour identifier les évènements indésirables graves suivant la vaccination et le dépistage d’échecs vaccinaux;
  7. La prévention de la maladie au lieu de marqueurs (par ex. sérologiques) de substitution comme norme plus sévère;
  8. La réalisation d’essais de phase III où la maladie est répandue est critique à l’exposition à la maladie et à la détermination de la méthode de prévention;
  9. Sans remède contre la COVID-19, les essais cliniques de provocation d’infection chez l’humain sont actuellement contraires à l’éthique;
  10. La participation équitable à la recherche des communautés sous-représentées à risque de maladies graves, par ex. les adultes âgés, les groupes ethniques, les femmes enceintes et les personnes immunodéficientes.  

Références

  1. Dixon, J.R. The International Conference on Harmonization Good Clinical Practice guideline. Quality Assurance 1998; 6(2):65-74.  doi: 10.1080/105294199277860.
  2. Graham, J.E, Borda-Rodrigeuz, A., Huzair, F., &  Zinck, E. Capacity for a global vaccine safety system: The perspective of national regulatory authorities. Vaccine, 2012; 30(33), 4953-4959. doi:10.1016/j.vaccine.2012 .05.045.
  3. Harmon, S.H.E., Faour, D.E., MacDonald, N.E., Graham, J.E., Steffen C., Henaff L, Shendale S., the Global NITAG Network Survey Correspondents. Immunization governance: Mandatory immunization in 28 Global NITAG Network countries. Vaccine https://doi.org/10.1016/j.vaccine.2020.09.053
  4. Morten C.J., Kapczynski A, Krumholz HM, Ross, J.S. To help develop the safest, most effective coronavirus tests, treatments, and vaccines, ensure public access to clinical research data. Blogue Health Affairs, 26 mars 2020. https://www.healthaffairs.org/do/10.1377/hblog20200326.869114/full/
  5. Herder, Matthew and Janice E. Graham. Opinion: Herder and Graham: Canadians need and deserve transparency on COVID-19 vaccines. Ottawa Citizen Sept 15, 2020. https://ottawacitizen.com/opinion/herder-and-graham-canadians-need-and-deserve-transparency-on-covid-19-vaccines
  6. Graham, J.E. Smart Regulation: Will the government’s strategy work? Canadian Medical Association Journal 2005;173(12),1469-1470. doi: 10.1503/cmaj.050424. Retrieved from https://www.cmaj.ca/content/173/12/1469.short
  7. Graham, J.E., & Nuttall, R. Faster Access to New Drugs: Fault Lines Between Health Canada’s Regulatory Intent and Industry Innovation Practices. Ethics in Biology, Engineering & Medicine – An International Journal 2013;4(3),231-239. doi: 10.1615/EthicsBiologyEngMed.2014010771. (http://hdl.handle.net/10222/75934)
  8. Doshi, P. Pandemrix vaccine: why was the public not told of early warning signs? BMJ 2018;362:k3948 doi: 10.1136/bmj.k3948.  
  9. GAVI. Can vaccine clinical trials be sped up safely for COVID-19? https://www.gavi.org/vaccineswork/how-covid-19-leading-innovation-clinical-trials

Pourquoi l’essai clinique du vaccin Oxford a-t-il été interrompu et comment l’innocuité vaccinale a-t-elle été déterminée?

Hanna Nohynek et l’équipe responsable de questions-réponses 

À la suite de la vaccination, l’un des participants a développé une faiblesse aux bras et aux jambes. Un diagnostic initial de myélite transverse, un syndrome inflammatoire qui touche la moelle épinière, a été posé. Une évaluation approfondie a permis de déterminer qu’un autre participant a reçu un diagnostic de sclérose en plaques qui a aussi été jugé non relié au vaccin contre la COVID-19.1 Dans les grands essais comptant plusieurs dizaines de milliers de participants, ce genre de suspension est commun. Les maladies peuvent se manifester par hasard et doivent être évaluées indépendamment afin de déterminer s’il existe une corrélation entre elles et le médicament ou le vaccin à l’étude. Dans ce cas-ci, les experts indépendants sont arrivés à la conclusion que le vaccin n’a pas causé ces effets et le recrutement pour l’étude a repris au Royaume-Uni, au Brésil, en Afrique du Sud, au Japon et aux États-Unis. 

Références

  1. AstraZeneca and J&J get go-ahead to resume Covid-19 vaccine trials. Consulté le 26 octobre 2020 sur https://www.ft.com/content/2d2d0e8c-3560-456f-bf3e-59a869e6aa00

Introduction du vaccin dans les pays

Quels sont les rôles essentiels des professionnels de la santé de première ligne pour contribuer à l’acquisition de connaissances au sujet de l’efficacité et de l’innocuité des vaccins contre la COVID-19 homologués?

Noni E MacDonald et l’équipe responsable des questions-réponses concernant le vaccin contre la COVID-19

Bien que les essais de Phase IV post-homologation (essais de surveillance après la mise en marché) des vaccins contre la COVID-19 soient exigés dans plusieurs pays par l’autorité réglementaire nationale ayant homologuée les vaccins, ces essais ne comprennent pas toujours suffisamment de participants pour permettre d’observer les échecs vaccinaux, ainsi que les évènements indésirables graves associés aux vaccins.

Rôles des professionnels de la santé de première ligne dans l’évaluation de l’efficacité et de l’innocuité du vaccin

A) Dépistage des échecs vaccinaux

Les essais de Phase III fournissent les données d’efficacité, à savoir le nombre de cas chez les récipiendaires du vaccin contre COVID-19 comparé au nombre de cas chez le groupe n’ayant pas reçu le vaccin. Cependant, ces études ne produisent pas de données applicables au « monde réel » par rapport à la performance des vaccins, soit leur efficacité. L’efficacité d’un vaccin peut être influencée par plusieurs facteurs, dont l’âge, la présence de problèmes de santé sous-jacents, le contexte, le sexe, les médicaments, l’état nutritif et la rigueur des programmes de vaccination face aux exigences d’entreposage et de distribution. Ainsi, lorsque chaque vaccin contre la COVID-19 est homologué, il est important de connaître son efficacité dans le « monde réel » au sein de groupes de personnes variées qui nécessitent la vaccination pour se protéger soi-même, ainsi que les membres de leurs communautés.  

À partir du moment où les vaccins sont administrés dans un pays, les professionnels de la santé de première ligne doivent examiner tous les patients qui obtiennent un résultat clinique correspondant au virus de la COVID-19 pour déterminer s’ils ont reçu un vaccin contre la COVID-19, et, le cas échéant, de quel vaccin il s’agit, le nombre de doses qu’ils ont reçues et la date de chacune d’elles. Ils peuvent accéder à cette information en consultant le registre de vaccination national (s’il en existe un), les dossiers médicaux du patient, ou simplement en lui posant la question. Si le patient a été vacciné contre la COVID-19, son diagnostic de COVID-19 doit être confirmé, non seulement par un résultat clinique, mais par un test de référence, par exemple un test de réaction en chaîne de polymérase en temps réel (RT-PCR) de la matière des voies respiratoires, lors de la première semaine de l’apparition des symptômes  (1) (2). Le dépistage rapide aux points de service s’avère utile, mais le test RT-PCR est favorable pour réduire le risque d’obtenir un résultat faux positif, phénomène qui préoccupe le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques (https://www.fda.gov/medical-devices/letters-health-care-providers/potential-false-positive-results-antigen-tests-rapid-detection-sars-cov-2-letter-clinical-laboratory). En raison des antécédents vaccinaux positifs de la COVID-19, le dépistage sérologique systématique ne suffit pas pour confirmer le diagnostic du virus lorsque la protéine spiculaire est utilisée comme antigène des vaccins contre la COVID-19.  Une analyse de la capside nucléique des anticorps est requise. En plus de fournir les soins nécessaires aux patients, les professionnels de la santé doivent signaler de potentiels échecs vaccinaux à la santé publique, qui entamera un suivi afin de déterminer s’il y a réellement eu échec du vaccin, puis d’en établir la cause. Les détails sont primordiaux quand il vient temps d’évaluer l’efficacité du vaccin en question :  

  • Est-ce que l’échec est directement associé à un vaccin en particulier et/ou à une erreur d’entreposage/de manipulation, de diluant ou tout autre erreur de programme? Quel était le contexte précis?
  • Est-ce que des raisons d’ordre cliniques sous-jacentes auraient modifié la réaction du patient récipiendaire du vaccin en question?
  • Est-ce que des échecs ont été observés auprès d’autres personnes ayant reçu le même vaccin au même moment? Sous-groupes semblables? Dans votre pays? Dans leur pays ou dans différents pays?
  • Est-ce que la protection offerte diminue avec le temps? Le déclin varie-t-il en fonction de l’âge, du sous-groupe ou d’autres facteurs?

Alors que les cas d’échecs vaccinaux augmentent, des écarts au niveau du taux d’efficacité pourraient être observés selon le vaccin et en fonction de l’âge, des sous-groupes et des contextes. Cette information est importante à l’échelle locale, nationale et globale. Selon les résultats obtenus, les recommandations concernant l’usage d’un vaccin en particulier pourraient varier d’un groupe d’âge/d’un sous-groupe à l’autre, par exemple en modifiant le nombre de doses, les intervalles, les doses de rappel, en plus d’offrir une indication plus précise au sujet de l’intervalle entre les doses du vaccin et de la protection qu’il offre.

B) Identification d’évènements indésirables graves, mais très rares suivant la vaccination

L’évaluation de l’innocuité d’un nouveau vaccin est un processus complexe (3). Des préoccupations peuvent surgir quant à l’acceptation d’un vaccin sur le plan individuel et communautaire lorsqu’un évènement indésirable grave suivant la vaccination est rapporté aux médias et que les autorités et les experts offrent peu d’information au sujet de l’évènement et des démarches entreprises pour mieux comprendre la cause.

Un évènement indésirable suivant la vaccination (EISV) est une manifestation d’ordre médical importune qui se produit après la vaccination, mais qui n’a pas nécessairement un lien de causalité avec l’utilisation du vaccin (4). Un évènement indésirable grave suivant la vaccination est un évènement qui met la vie en danger ou qui peut causer la mort, l’hospitalisation, une incapacité importante ou une anomalie congénitale  (4). Toutefois, L’EISV n’est pas nécessairement un effet du vaccin, de sa fabrication, de son programme de vaccination, ni de sa procédure de vaccination: il pourrait simplement s’agir d’une coïncidence indépendante du vaccin.

Les EISV communs (survenant chez 1 à 10% des récipiendaires), dont le bras endolori, faible appétit, rougeur au point d’injection, légère fièvre, etc., sont faciles à identifier lors d’essais cliniques menés avant l’homologation. Puisque les EISV se manifestent habituellement sous forme d’effets légers spontanément résolutifs, ils n’empêchent pas l’homologation du vaccin par le régulateur si le taux d’incidence est faible. Heureusement, les résultats d’essais cliniques de Phase I, II et III d’un vaccin à ARNm et d’un vaccin à base de vecteurs viraux homologués dans plusieurs pays à compter de décembre 2020 ne révèlent pas de préoccupations importantes concernant l’innocuité des vaccins, d’après des publications examinées par des pairs  (5) (6). Parmi les effets secondaires communs sont : une douleur légère à modérée au point d’injection, la fatigue, une légère fièvre (candidat d’essai de vaccin à ARNm aux États-Unis) (7).

Ces essais cliniques ne comprennent pas suffisamment de participants (environ 30 000 personnes ou plus) pour identifier les évènements indésirables graves très rares, à savoir, ceux qui apparaissent chez moins de 0.01% des personnes. Les professionnels de la santé doivent retenir que les évènements indésirables graves suivant la vaccination contre la COVID-19 sont beaucoup plus rares que les évènements graves provoqués par la COVID-19 : l'hospitalisation, des complications ou la mort  (8) (9) (10). Les évènements indésirables graves très rares peuvent seulement être détectés lorsque des millions de personnes ont été vaccinées après l’étape de l’homologation. Toutefois, la capacité d’effectuer une surveillance de l’innocuité d’un vaccin à cette étape varie énormément d’un pays à l’autre (https://www.who.int/vaccine_safety/publications/2019_Landscape_Analysis.pdf?ua=1).

Même si un système de surveillance passive ou active des EISV est mis en place avec une recherche courante d’indicateurs d’innocuité (11), les professionnels de la santé jouent un rôle primordial pour identifier ces cas, puis de les rapporter à la santé publique. Les professionnels de la santé de première ligne doivent apprendre à signaler les EISV graves selon la procédure qui s’applique à leur milieu de travail, et éviter d'arriver à la conclusion immédiate qu’il s’agit d’une réaction attribuable au vaccin. À l’aide d’un processus d’évaluation systématique, un Comité consultatif sur l’évaluation de la causalité déterminera si l’évènement signalé (diagnostic précis) a été causé par un produit vaccinal, une erreur de production du vaccin, une erreur du programme de vaccination, une réaction liée à l’anxiété à l’égard de la vaccination, ou encore un hasard non lié à la vaccination  (https://www.who.int/vaccine_safety/publications/CausalityAssessmentAEFI_EN.pdf?ua=1 ). L’Organisation mondiale de la santé a développé un guide sur la surveillance de l’innocuité des vaccins contre la COVID-19 (COVID-19 Vaccines: Safety Surveillance Manual) pour permettre aux pays de mieux s’attaquer à la tâche (https://www.who.int/vaccine_safety/committee/Module_Establishing_surveillance_systems.pdf?ua=1 ). Les professionnels de la santé développent souvent un rapport avec le patient et les membres de sa famille et sont ainsi bien placés pour communiquer les étapes qui sont entreprises pour déterminer si l’EISV grave est attribuable au vaccin ou non. Il faut souligner l’importance de ne pas tirer de conclusions hâtives.  La santé publique et le programme de vaccination doivent travailler de concert avec les professionnels de la santé de première ligne pour assurer une communication fluide durant l’enquête de l’EISV grave et l’évaluation de la causalité (12).

L’éducation, l’habilitation et le soutien des professionnels de la santé par le programme de vaccination de leur pays sont essentiels à l’identification et au signalement des EISV graves et des cas d’échec de la vaccination contre la COVID-19. Les professionnels de la santé sont indispensables à l’acquisition des connaissances au sujet de l’efficacité et de l’innocuité des vaccins contre la COVID-19 post-homologation. Chaque pays devra partager ses résultats pour qu’une évaluation de l’efficacité à l’échelle globale puisse être réalisée auprès de plusieurs vaccins contre la COVID-19 dans différents contextes. Les évènements indésirables graves dont le Comité consultatif sur l’évaluation de la causalité attribue au vaccin, à sa production, à une erreur de programme de vaccination ou à une réaction liée à l’anxiété à l’égard de la vaccination  (13) doivent tous être rapportés au Centre de surveillance d’Uppsala, qui fait partie du Programme international de surveillances des drogues (y compris les vaccins) de l’Organisation mondiale de la santé (https://www.who-umc.org/).

Références

  1. The estimation of diagnostic accuracy of tests for COVID-19:A scoping review. Axell-House DB, Lavingia R, Rafferty M, ClarkE, Amirian ES, Chiao EY. 2020, Journal of Infection, Vol. 81, pp. 681-697.
  2. Considerations for diagnostic COVID-19 tests. Vandenberg O, Martiny D, Rochas O et al. October 14, 2020, Nat Rev Microbiol.
  3. Assessing the Safety of COVID 19 Vaccines: A Primer. H, Petousis Harris. 2020, Drug Safety, Vol. 43, pp. 1205-1210.
  4. World Health Organization. Causality Assessment of an Adverse Event Following Immunizaiton (AEFI) user manual for the revised WHP classification. Geneva : World Health Organization, 2018.
  5. Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine. Polack FP, Thomas SJ, Kitchin N, Absalon J, Gurtman A, Lockhart S, Perez JL, Pérez Marc G, Moreira ED, Zerbini C, Bailey R, Swanson KA, Roychoudhury S, Koury K, Li P, Kalina WV, Cooper D, Frenck RW Jr, Hammitt LL, Türeci Ö, Nell H, Schaefer A, Ünal S, et. December 10, 2020, N Engl J Med.
  6. Safety and efficacy of the ChAdOx1 nCoV-19 vaccine (AZD1222) against SARS-CoV-2: an interim analysis of four randomised controlled trials in Brazil, South Africa, and the UK. Voysey M, Clemens SAC, Madhi SA, Weckx LY, Folegatti PM, Aley PK, Angus B, Baillie VL, Barnabas SL, Bhorat QE, Bibi S, Briner C, Cicconi P, Collins AM, Colin-Jones R, Cutland CL, Darton TC, Dheda K, Duncan CJA, Emary KRW, Ewer KJ, Fairlie L, et al. Dec 8, 2020, Lancet, pp. S0140-6736(20)32661-1.
  7. Safety and Immunogenicity of Two RNA-Based Covid-19 Vaccine Candidates. Walsh EE, Frenck RW Jr, Falsey AR, Kitchin N, Absalon J, Gurtman A, Lockhart S, Neuzil K, Mulligan MJ, Bailey R, Swanson KA, Li P, Koury K, Kalina W, Cooper D, Fontes-Garfias C, Shi PY, Türeci Ö, Tompkins KR, Lyke KE, Raabe V, Dormitzer PR, Jansen KU,etal. Oct 14, 2020, N Engl J Med.
  8. Three-month Follow-up Study of Survivors of Coronavirus Disease 2019 after Discharge. Liang L, Yang B, Jiang N, Fu W, He X, Zhou Y, Ma WL, Wang X. 47, 2020, J Korean Med Sci, Vol. 35, p. e418.
  9. Price-Haywood EG, Hospitalization and Mortality among Black Patients and White Patients with Covid-19. Price-Haywood EG, Burton J, Fort D, Seoane L. 26, 2020, N Engl J Med., Vol. 382, pp. 2534-2543.
  10. Prevalence and predictors of death and severe disease in patients hospitalized due to COVID-19: A comprehensive systematic review and meta-analysis of 77 studies and 38,000 patients. Dorjee K, Kim H, Bonomo E, Dolma R. 12, 2020, PLoS One, Vol. 15, p. e0243191.
  11. Optimizing safety surveillance for COVID-19 vaccines. RE, Chandler. 8, 2020, Nature reviews. Immunology, Vol. 20, pp. 451-2.
  12. Lessons on causality assessment and communications from the 2019 South-East Asia Regional (SEAR) workshop on inter-country expert review of selected Adverse Events Following Immunization (AEFI) cases. MacDonald NE, Guichard S, Arora N, Menning L, Wilhelm E,2019 Inter-country SEAR Workshop Participants, Communication Experts. 32, 2020, Vaccine, Vol. 38, pp. 4924-4932.
  13. Immunization stress-related response – Redefining immunization anxiety-related reaction as an adverse event following immunization. Gold MS, MacDonald NE, McMurtry MC, Balakrishnan MR, Heininger U, Menning L, Benes O, Pless R, Zuber PLF. 14, 2020, Vaccine, Vol. 38, pp. 3015-3020.

Qu’est-ce qu’on entend par l’évaluation risques-avantages du vaccin chez les populations prioritaires?

Sonali Kochhar et l’équipe responsable de questions-réponses

La vaccination est l’une des interventions en santé publique les plus efficaces pour la prévention de la maladie.1 Les vaccins sont administrés aux personnes en santé, dont de très jeunes enfants et les personnes vulnérables. Ainsi, le niveau de risque acceptable des vaccins est très bas. Il est primordial que les vaccins comportent un équilibre risques-avantages fortement favorable, c’est-à-dire que les bienfaits de la vaccination surpassent significativement les risques d’effets indésirables. Ce rapport guide la prise de décision adéquate et éclairée en santé publique.2

L’évaluation risques-avantages est le fondement des décisions de réglementation de tous les vaccins et des médicaments durant le processus de révision pré et post homologation.2,3 L’autorisation pour l’administration d’un vaccin ou d’un médicament est accordée seulement si l’évaluation risques-avantages démontre un rapport suffisamment positif entre les avantages et les risques, d’après des observations scientifiques.3
 
L’évaluation risques-avantages d’un vaccin ou d’un médicament peut s’avérer différente chez des populations ciblées (par ex. les enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéficientes) et pour les personnes qui courent un risque plus élevée d’infection  (par ex., si elles habitent dans une zone d’éclosion active).3

L’évaluation risques-avantages prend en considération plusieurs facteurs dont la gravité de la maladie, la manière dont les médicaments actuellement disponibles pour la maladie répondent aux besoins médicaux de la population, l’efficacité du vaccin dans la prévention de la maladie chez des populations ciblées, puis le risque d’évènements indésirables chez ces populations après la vaccination comparativement aux conséquences associées à la maladie.2,3,4

 À titre d’exemple pour le vaccin contre la rougeole, les bienfaits des vaccins surpassent fortement les risques (le risque d’évènements indésirables à la suite de la vaccination doit être comparé aux conséquences associées à la maladie. Le risque d’effets secondaires du traitement utilisé pour soulager les symptômes de la maladie sont aussi pris en considération).5

Évaluation risques-avantages du vaccin contre la rougeole5
(Risque d’évènements indésirables suivant la vaccination comparativement aux conséquences associées à la maladie et le risque d’effets secondaires du traitement utilisé pour soulager les symptômes de la maladie)

Benefit-Risk Assessment of Measles vaccine balance scale

Évaluation risques-avantages du vaccin contre la rougeole

Références

  1. Rémy V, Zöllner Y, Heckmann U. Vaccination: the cornerstone of an efficient healthcare system. J Mark Access Health Policy. 2015;3:10.3402/jmahp.v3.27041. doi:10.3402/jmahp.v3.27041
  2. Arlegui, H., Bollaerts, K., Salvo, F. et al. Benefit–Risk Assessment of Vaccines. Part I: A Systematic Review to Identify and Describe Studies About Quantitative Benefit–Risk Models Applied to Vaccines. Drug Saf (2020). https://doi.org/10.1007/s40264-020-00984-7
  3. Benefit-risk assessment in drug regulatory decision-making. Draft PDUFA VI Implementation Plan (FY 2018-2022). FDA. 30 mars 2018. Récupéré le 30 septembre 2020 sur https://www.fda.gov/media/112570/download
  4. Curtin F, Schulz P. Assessing the benefit: risk ratio of a drug--randomized and naturalistic evidence. Dialogues Clin Neurosci. 2011;13(2):183-90. PMID: 21842615; PMCID: PMC3181998.
  5. Risk  scales : benefits of vaccines far outweigh the risks. WHO Europe. Récupéré le 9 octobre 2020 sur https://www.euro.who.int/en/health-topics/disease-prevention/vaccines-and-immunization/publications/2017/risk-scales-benefits-of-vaccines-far-outweigh-the-risks-2017

Quels sont les effets secondaires communs possibles des vaccins?

Youngmee Jee et l’équipe responsable de questions-réponses

Les effets secondaires associés aux vaccins sont tous les problèmes de santé dont les études attribuent la cause à la vaccination.  D’un autre côté, les évènements indésirables sont tous les problèmes de santé documentés après la vaccination qui pourraient être liés aux vaccins ou qui sont survenus au hasard. 

Nous n’avons pas suffisamment de données d’essais pour prévoir ce que seront les évènements indésirables modérés ou graves des nouveaux vaccins contre la COVID-19. Toutefois, nous connaissons les évènements indésirables d’autres types de vaccins injectables.

  • Les effets secondaires modérés possibles sont une douleur, rougeur/enflure au point d’injection, fièvre légère, fatigue, mal de tête et douleur musculaire/articulaire modérée (voir Table 1)1. Ces effets secondaires modérés apparaissent habituellement quelques heures après l’injection et disparaissent au bout de quelques jours.

  • Des effets secondaires graves comme les crises d’épilepsie, la thrombocytopénie et les pleurs persistants surviennent rarement et ne causent pas de problèmes à long terme.

  • Des réactions allergiques, par exemple l’anaphylaxie, sont très rares, mais peuvent se manifester immédiatement (habituellement après quelques minutes) après la vaccination (par ex., en raison d’une composante du vaccin, telle la néomycine) et peuvent être mortelles. Les professionnels de la santé doivent être prêts à traiter les symptômes de l’anaphylaxie.1

  • Les évènements indésirables de la vaccination peuvent être regroupés en 5 catégories :
    1. réaction liée à un produit vaccinal

    2. réaction liée à un problème de qualité du vaccin

    3. réaction liée à une erreur de vaccination

    4. réaction liée à l’anxiété à l’égard de la vaccination

    5. hasard non lié à la vaccination1

  • Les évènements indésirables suivant la vaccination sont considérés comme graves s’ils causent la mort ou sont mortels, s’ils nécessitent l’hospitalisation ou prolongent l’hospitalisation, s’ils provoquent un handicap/une incapacité grave, une anomalie congénitale/une déficience de naissance ou s’ils requièrent une intervention pour empêcher le développement d’anomalies ou de lésions. Les évènements indésirables possibles après l’administration de vaccins pour enfants sont fournis sur le site suivant : https://vaccine-safety-training.org/.1
  • Les données de sécurité des essais de phase III du vaccin contre la COVID-19 Pfizer2 démontrent des effets secondaires communs, comme le mal de tête, les frissons, la douleur articulaire et la diarrhée. Les groupes de personnes plus âgées étaient moins touchés par les frissons que les groupes de personnes plus jeunes. La plupart des effets qui sont apparus après la deuxième dose étaient de niveau léger à modéré. Toutes les données seront soigneusement analysées par les organismes de réglementation pour décider si un vaccin sera homologué ou non.
  • Le profil d’innocuité3 du vaccin contre la COVID-19 Moderna démontre aussi des effets secondaires modérés. Les évènements indésirables systémiques étaient notablement plus communs après la deuxième dose et chez les personnes ayant reçu la dose la plus élevée.
  • Lorsque les vaccins contre la COVID-19 complètent les essais de phase III, après avoir été administrés à 20 000 individus (ou plus) en présentant peu ou pas d’effets indésirables graves, et que l’efficacité a été prouvée, ils sont susceptibles de passer à l’homologation réglementaire.4

Table 1. Réactions vaccinales communes et modérées, et traitement

Table 1. Réactions vaccinales communes et modérées, et traitement
1. La réactogénicité locale varie d’une marque de vaccin à l’autre selon la souche et le nombre d’antigènes viables dans le vaccin.
2. Diarrhée, mal de tête/douleur musculaire.
3. Comparativement au pourcentage du vaccin à germes entiers contre la coqueluche (DTwP), le pourcentage du vaccin acellulaire contre la coqueluche (DTaP) est plus faible.
4. Le pourcentage de réactions locales pourrait augmenter avec les doses de rappel, jusqu’à 50 – 85%.
5. Source : http://www.cdc.gov/vaccines/hcp/acip-recs/
6.
Dose de paracétamol : jusqu’à 15mg/kg toutes les 6–8 heures, maximum de 4 doses en 24 heures.
Source : OMS Vaccine safety basics e-learning course (module 3: Adverse events following immunization)

Références

  1. WHO vaccine safety basics e-learning course. Récupéré le 18 octobre 2020 sur https://vaccine-safety-training.org/

  2. Pfizer says Covid-19 vaccine showed moderate side effects. Récupéré le https://www.clinicaltrialsarena.com/news/pfizer-covid-vaccine-tolerability-data/

  3. Anderson EJ, Rouphael NG, Widge AT, Jackson LA, Roberts PC et al.  Safety and Immunogenicity of SARS-CoV-2 mRNA-1273 Vaccine in Older Adults. N Engl J Med. 29 septembre 2020. doi: 10.1056/NEJMoa2028436.

  4. Grech V, Calleja N. Theoretical novel COVID-19 vaccination risk of rare and severe adverse events versus COVID-19 mortality. Early Hum Dev. 2020 Oct 1:105212. doi: 10.1016/j.earlhumdev.2020.105212.

Quelles mesures seront prises advenant le cas où une personne vaccinée présente un effet secondaire?

Noni MacDonald et l’équipe responsable de questions-réponses

Les effets secondaires sont appelés évènements indésirables, et ceux qui surviennent après la vaccination sont appelés Évènements indésirables suivant la vaccination (EISVs).
Tout évènement d’ordre médical suivant la vaccination et qui n’a pas nécessairement de lien causal avec l’utilisation du vaccin. L’évènement indésirable peut être tout signe défavorable ou imprévu, résultat de laboratoire anormal, symptôme ou maladie.1

Les EISVs communs et modérés avec différents types de vaccinations comprennent les signes et les symptômes dont une fièvre légère, la douleur musculaire, des douleurs au corps, rougeur/enflure au point d’injection et apparaissent chez moins de 20% des personnes vaccinées quelques heures après la vaccination, puis disparaissent peu de temps après sans causer de conséquences à long terme. Comme avec tous les nouveaux vaccins, une attention particulière sera portée aux vaccins contre la COVID-19 pour déterminer si les EISVs modérés surviennent à un rythme semblable à celui noté dans les essais cliniques et si ces EISVs sont plus communs dans certains groupes d’âge ou chez les personnes ayant des conditions sous-jacentes (c.-à-d. des renseignements qui ne seraient pas fournis par les essais).

L’intensité des EISVs est généralement légère et peut parfois être modérée ou grave (par ex. fièvre légère ou modérée). Les EISVs graves ne causent pas nécessairement des problèmes à long terme.1

Les EISVs qui devraient rapidement être signalés sont les EISVs graves.
Les évènements indésirables survenant après la vaccination sont considérés comme graves s’ils causent la mort ou sont mortels, s’ils nécessitent l’hospitalisation ou prolongent l’hospitalisation, s’ils provoquent un handicap/une incapacité grave, une anomalie congénitale/une déficience de naissance ou s’ils requirent une intervention pour empêcher le développement d’anomalies permanentes ou de lésions.1

Les EISVs graves passent souvent inaperçus lors des essais cliniques, car ils sont très rares, c.-à-d. qu’ils surviennent auprès de moins d’une personne vaccinée sur 10 000. L’objectif crucial est de déterminer si l’EISV est directement causé par le vaccin, soit une réaction liée à un produit vaccinal; est une réaction liée à un problème de qualité du vaccin, c.-à-d. une erreur de production du vaccin; est une erreur de programme; une réaction liée à une erreur de vaccination, c.-à-d. une erreur de programme comme l'entreposage inadéquat du vaccin, l’utilisation du mauvais diluant, etc.; une réaction liée à l’anxiété à l’égard de la vaccination c.-à-d. hasard non lié à la vaccination.1,2

Les évènements sont souvent le fruit du hasard. Notez que si l’EISV grave est effectivement lié à la vaccination, des mesures correctives, par ex. le retrait du vaccin, seront prises. Toutefois, en raison de la rigueur du processus d’homologation prévaccin, de la rigueur du processus d’homologation ainsi que de la qualité supérieure de la production, le vaccin est rarement la cause d’EISV grave.

Les professionnels de la santé ont plusieurs rôles importants en lien avec les EISVs. 
a) Reconnaître et signaler un EISV grave, ainsi qu’un EISV modéré à la demande du patient;
b) Fournir les soins au patient atteint d’un EISV grave;
c) Documenter les informations sur le cas dont le Comité consultatif sur l’évaluation de la causalité aura besoin afin de déterminer si l’EISV grave est lié au vaccin ou non;3
d) Demeurer objectif à l’égard de la détermination de la cause de l’EISV;  
e) Communiquer de façon efficace et respectueuse les faits connus de l’évènement le plus rapidement possible. L’évènement, accompagné des étapes mises en place pour évaluer et établir le lien de causalité, devrait aussi être communiqué dans le programme de santé public local.3,4 Le travail harmonieux avec votre institution permet d’assurer que l’information fournie est précise. Assurez-vous de valider l’information pour éviter de diffuser de faux renseignements.

Références

  1. World Health Organization. Vaccine Safety Basics e learning course.  Module 3. Adverse events following immunization. https://vaccine-safety-training.org/vaccine-reactions.html. Récupéré le 24 septembre 2020

  2. Gold MS, MacDonald NE, McMurtry CM, Balakrishnan MR, Heininger U, Menning L, Benes O, Pless R, Zuber PLF. Immunization stress-related response - Redefining immunization anxiety-related reaction as an adverse event following immunization. Vaccine. 2020; 38(14):3015-3020.

  3. World Health Organization. Vaccine Safety Basics e learning course. Module 4: Surveillance. Causality Assessment of AEFIs. https://vaccine-safety-training.org/causality-assessment-of-aefis.html. Récupéré le 24 eptembre 2020

  4. World Health Organization EUROPE. Crisis Communication Template (2017). https://www.euro.who.int/en/health-topics/disease-prevention/vaccines-and-immunization/publications/2017/crisis-communications-plan-template-2017. Récupéré le 24 2020

Dans le cas d’un vaccin en deux doses, est-ce qu’il y a des préoccupations pour la santé si la deuxième dose du vaccin est remplacée par un autre vaccin?

Sonali Kochhar et l’équipe responsable de questions-réponses

Aucune donnée des essais cliniques n’appuie le remplacement de la deuxième dose du vaccin par un autre vaccin contre la COVID-19. Il est recommandé de vérifier les détails du vaccin avant la vaccination afin de confirmer que le vaccin approprié soit administré.

Les femmes enceintes devraient-elles se faire vacciner?

Sonali Kochhar et l’équipe responsable de questions-réponses 

Selon des preuves accumulées, les femmes enceintes ont plus de chances de développer des maladies graves liées à la COVID-19 et il pourrait y avoir un risque plus élevé sur l’issue de la grossesse.1,2,3 Jusqu’à présent, il n’existe aucune donnée pour confirmer si les vaccins contre la COVID-19 sont sécuritaires ou efficaces pour les femmes enceintes, puisqu’elles ont été exclues des essais cliniques. Il est important de produire des données par rapport aux femmes enceintes lorsqu’elles participeront aux étapes avancées des essais cliniques, aux études sur la sécurité des femmes enceintes et aux suivis pour les participantes d’essais qui sont tombées enceintes lors des essais cliniques de phase III pour fournir des recommandations de santé publique sur l’utilisation du vaccin contre la COVID-19 auprès de cette population.3,4

Références

  1. Allotey J, Stallings E, Bonet M, Yap M, Chatterjee S et al for PregCOV-19 Living Systematic Review Consortium. Clinical manifestations, risk factors, and maternal and perinatal outcomes of coronavirus disease 2019 in pregnancy: living systematic review and meta-analysis. BMJ. 1 septembre 2020;370:m3320. doi: 10.1136/bmj.m3320.

  2. Ellington S, Strid P, Tong VT, Woodworth K, Galang RR, Zambrano LD, Nahabedian J, Anderson K, Gilboa SM. Characteristics of Women of Reproductive Age with Laboratory-Confirmed SARS-CoV-2 Infection by Pregnancy Status – États-Unis, 22 janvier - 7 juin 2020. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2020 Jun 26;69(25):769-775. doi: 10.15585/mmwr.mm6925a1. PMID: 32584795; PMCID: PMC7316319.

  3. Dashraath P, Nielsen-Saines K, Madhi SA, Baud D. COVID-19 vaccines and neglected pregnancy. Lancet. 5 septembre 2020;396(10252):e22. doi: 10.1016/S0140-6736(20)31822-5

  4. Heath PT, Le Doare K, Khalil A. Inclusion of pregnant women in COVID-19 vaccine development. Lancet Infect Dis. Septembre 2020;20(9):1007-1008. doi: 10.1016/S1473-3099(20)30638-1

Effets des vaccins à long terme

Des patients et des parents ont des préoccupations quant aux effets futurs de la vaccination contre la COVID sur la fertilité et les menstruations. Que dit la science et quelles sont les recommandations des spécialistes?  

Jeannette Comeau, Noni E MacDonald et équipe de questions et réponses

Les préoccupations concernant l’immunisation et la fertilité ne datent pas d’hier, mais force est de constater qu’aucun vaccin administré pour empêcher la propagation des maladies infectieuses causent l’infertilité. Ce mythe occasionne des problèmes majeurs. En effet, la vaccination antipoliomyélitique a été boycottée dans le nord du Nigéria au début des années 2000 puisque la population craignait que le vaccin avait été intentionnellement contamié d’agents provoquant l’infertilité chez les femmes. Cependant, cette speculation est totalement fausse et sans fondement.1 

Beaucoup de mé/désinformation à propos des vaccins contre la COVID circule sur les médias sociaux. Une étude de la recherche en ligne sur les vaccins contre la COVID et leurs effets secondaires menée par Google Trends en février 2021 démontre que les cinq termes les plus recherchés étaient des variations de « vaccin COVID », « fertilité » et « infertilité ».2 La mésinformation concernant la fertilité des femmes et des vaccins contre la COVID semble avoir augmentée en décembre 2020 lorsqu’un chercheur sur les allergies et les troubles respiratoires et un médecin ont fait une demande auprès de l’Agence européenne des médicaments afin d’interrompre les études sur la vaccination contre la COVID-19 en raison d’inquiétudes liées à la fertilité.Sans données cliniques à l’appui, ils estimaient que les anticorps que nous produisons à la suite de la vaccination contre la COVID (protéine de spicule) réagiraient contre la protéine appelée syncytine-1, qui joue un rôle dans la formation du placenta. Cependant, cette spéculation est fondée sur un « lien » qui est biologiquement impossible. La syncytine-1 est composée de 538 aminoacides, alors que la protéine de spicule est formée de 1273 aminoacides : elles en ont que 4 en commun, ce qui est insuffisant pour que le système immunitaire confonde une protéine avec l’autre.  

Les essais cliniques pour les vaccins à vecteur adénoviral et à ARNm contre la COVID n’ont signalé aucun effet sur la fertilité.3 Des études animales précliniques avec des rats ne démontrent pas d’effets à cet égard.4 Une récente étude américaine ne rapporte aucunes anomalies au niveau des spermatozoïdes suivant la vaccination à ARNm contre la COVID.5 

Cette mésinformation à propos de la fertilité a amené la British Fertility Society a développé un guide qui indique qu’il « n’existe aucune preuve, ni aucune raison théorique, portant à croire que les vaccins peuvent nuire à la fertilié des hommes et des femmes ».6,7 Les hommes, les femmes et les adolescents devraient s’immuser contre la COVID-19 puisqu’il s’agit d’une maladie grave. L’administration du vaccin n’empêche pas le don de sperme ou d’ovules, ni la fertilisation in vitro. L’American College of Obstetricians and Gynecologistsl’American Society for Reproductive Medicinela Society for Maternal-Fetal Medicine et la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada ont publié une déclaration qui souligne qu’il n’y aucune preuve à l’appui de cette allégation.8,9  

Pour les parents et les adolescents, la North American Society for Pediatric and Adolescent Gynecology soutient que les vaccins contre la COVID n’affectent pas la croissance ou la puberté.10 Elle rapporte également que des cas isolés de variations dans les cycles menstruels ou de cycles irréguliers après la vaccination ou une infection de la COVID ne sont pas anormals « puisque les infections, les réactions immunitaires et les fièvres peuvent provoquer des changements de cycles spontanément résolutifs de courte durée ». De plus, chez les adolescentes, « les variations dans les cycles sont naturelles en raison de la maturation de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien et de l’étendu des cycles menstruels normaux durant les années suivant l’apparition des premières règles ».10 

En bref, il est faux de croire que les vaccins contre la COVID nuisent à la fertilité. Le conseil d’experts est simple : les adultes et les adolescents doivent être informés, tel que précisé par la British Fertility Society qu’il « n’existe aucune preuve, ni aucune raison théorique, portant à croire que les vaccins peuvent nuire à la fertilié des hommes et des femmes ». L’acceptation des vaccins contre la COVID -19 nous permettra de progresser.  

Références

  1. Yahya M. Polio vaccines- "No thank you!". Barriers to polio eradication in Northern Nigeria. 2007, African Affairs 2007;106(423):185-204. 
  2. Diaz P, Reddy P, Ramasahayam R, Kuchakulla M, Ramasamy R. COVID-19 vaccine hesitancy linked to increased internet search queries for side effects on fertility potential in the initial rollout phase following Emergency Use Authorization. Andrologia 2021; 28 juin: e14156.  
  3. Watson RE, Nelson TB, Hsu AL. American Society for Reproductive Medicine. Fertility considerations: The COVID-19 disease may have a more negative impact than the COVID-19 vaccine, especially among men. Fertility and Sterility. [En ligne] American Society for Reproductive Medicine, 19 mars 2021. [Consulté le 21 juillet 2021]. https://www.fertstertdialog.com/posts/fertility-considerations-the-covid-19-disease-may-have-a-more-negative-impact-than-the-covid-19-vaccine-especially-among-men?room_id=871-covid-19. 
  4. Bowman CJ, Bouressam M, Campion SN, Cappon GD, Catlin NR, Cutler MW, Diekmann J, Rohde CM, Sellers RS, Lindemann C. Lack of effects on female fertility and prenatal and postnatal offspring development in rats with BNT162b2, a mRNA-based COVID-19 vaccine.  Reprod Toxicol 2021; 103: 28-35. 
  5. Gonzalez DC, Nassau DE, Khodamoradi K, Ibrahim E, Blachman-Braun R, Ory J, Ramasamy R. Sperm Parameters Before and After COVID-19 mRNA Vaccination. JAMA  2021;326(3):273-274 
  6. lacobucci G. Covid-19: No evidence that vaccines can affect fertility, says new guidance. BMJ 2021;  372: n509. 
  7. Association of Reproductive and Clinical Scientists, British Fertility Society. COVID-19 vaccines and fertility. [En ligne] 8 février 2021. [Consulté le 23 juillet 2021.]  www.britishfertilitysociety.org.uk/wp-content/uploads/2021/02/Covid19-Vaccines-FAQ-1_3.pdf. 
  8. American College of Obstetricians and Gynecologists, the American Society for Reproductive Medicine, and the Society for Maternal-Fetal Medicine . News: Medical Experts Continue to Assert that COVID Vaccines Do Not Impact Fertility. American College of Obstetricians and Gynecologists. [En ligne] 4 février 2021. [Consulté le 23 juillet 2021]. https://www.acog.org/news/news-releases/2021/02/medical-experts-assert-covid-vaccines-do-not-impact-fertility. 
  9. Société des obstétriciens et gynécologues du Canada. SOGC statement on COVID-19 vaccination and fertility. Soicété des obstétriciens et gynécologues du Canada. [En ligne] 18 mars 2021. [Cconsulté le 23 juillet 2021]. https://www.sogc.org/common/Uploaded%20files/Latest%20News/EN_SOGCStatement_COVID-19Vaccination-Fertility.pdf. 
  10. Talib H, Berlan ED, Tyson N. NASPAG. NASPAG Advocacy Committee. North American Society for Pediatric and Adolescent Gynecology. [En ligne] Mai 2021. [Consulté le 23 juillet 2021]. https://www.naspag.org/naspag-position-statement-on-covid-19-vaccines-and-gynecologic-concerns-in-adolescent-and-young-adults. 

Comment saurons-nous si un vaccin affectera la santé à long terme?

Karina Top et l’équipe responsable de questions-réponses 

Tous les vaccins homologués par les autorités réglementaires nationales (ARNs), par ex. le Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA) et Santé Canada, sont suivis pour évaluer leur sécurité et leur efficacité après avoir été administrés à la population. Au minimum, il est recommandé aux pays d’instaurer des systèmes de surveillance passive qui permettront de rassembler les rapports individuels des professionnels de la santé, des fabricants de vaccin et souvent du public sur les évènements indésirables suivant la vaccination.1 Ces rapports sont rassemblés et analysés afin d’identifier les tendances communes qui indiqueraient un problème de sécurité du vaccin (par ex. un problème en particulier signalé plus souvent qu’au rythme prévu auprès d’une population après un certain vaccin). Les pays ayant les moyens sont aussi conseillés de mettre en place des systèmes de surveillance active pour repérer des cas d’évènements indésirables d’envergure survenant après la vaccination (par ex. crises d’épilepsie, syndrome de Guillain Barré), puis de comparer le pourcentage de ces problèmes chez les personnes vaccinées et chez les personnes non vaccinées pour déterminer si les évènements indésirables sont le fruit du hasard (ce qui est commun) ou s’ils sont liés au vaccin.

Comme pour tous les vaccins, les systèmes de surveillance passive et active seront perfectionnés pour être en mesure d’identifier rapidement des évènements précis d’envergure suivant la vaccination contre la COVID-19. Les organismes de santé publique nationaux et internationaux développent déjà des directives et des stratégies pour assurer un suivi rigoureux de la sécurité des vaccins contre la COVID-19 après la commercialisation. Le Comité consultatif pour la sécurité des vaccins de l’Organisation mondiale de la Santé et Brighton Collaboration, un groupement d’experts en innocuité vaccinale, en collaboration avec la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) développent des directives et des définitions de cas pour le suivi de la sécurité des vaccins contre la COVID-19 (disponibilité prévue en ligne en décembre 2020).2

Références

  1. Department of Immunization, Vaccines and Biologicals. 2012. Global Vaccine Safety Blueprint. Geneva: World Health Organization. Récupéré le 5 octobre 2020 sur : https://www.who.int/vaccine_safety/publications/en/.

  2. 2020. Global Advisory Committee on Vaccine Safety, 27-28 mai 2020. Wkly Epidemiol Rec. 95:325-336. Récupéré le 5 octobre 2020 sur : https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/333136/WER9528-eng-fre.pdf?ua=1.


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Dernière révision 8 septembre 2021

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